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Jeanne Villepreux-Power - Une Pionnière de la biologie marine 1794-1871

Femme de science et artiste Une femme exceptionnelle , un destin hors du commun

Jeanne Villepreux-Power (née le 4 vendémiaire de l'an III (25 septembre 1794) et décédée le 25 janvier 1871 à Juillac) est une naturaliste françaiseAutodidacte passionnée et pionnière de la biologie marine, elle est décrite comme la précurseure des stations de biologie marine par Edmond Perrier (1844-1921) et de l'aquariologie par Sir Richard Owen (1804-1892).

Jeanne Villepreux-Power

Mille choses peuvent fasciner dans la vie de Jeanne Villepreux-Power, mais la plus importante peut-être est que sa vie ressemble à un roman issu d'une imagination fertile. Elle nait et meurt à Juillac en Corrèze. Rien de plus banal ! En apparence du moins, car le parcours de vie qu'elle s'est forgé est d'une rare richesse, tant elle a su influer sur son destin en accueillant et transcendant les hasards de l'existence.

L'histoire commence mal

Pas facile d'être une jeune fille jolie et pauvre en ce début de XIXème siècle. #metoo est encore bien loin !

Très jeune fille, Jeanne accompagne à pied un troupeau de vaches destiné à être vendu à la capitale. Elle est fille de cordonnier et comme beaucoup de jeunes femmes de la campagne, elle "monte" à Paris pour travailler comme employée de maison. Mais elle ne sera pas au rendez-vous… Le destin fait un pas de côté. Agressée à Orléans par le conducteur du troupeau, elle doit prouver à la police sa bonne moralité pour obtenir une nouvelle autorisation de circuler, et en attendant, elle est retenue dans un couvent où elle va probablement apprendre à broder. Elle a à peine 18 ans, sait juste lire et écrire, mais ose adresser une lettre au maire de Juillac pour qu'il réponde de son honorabilité, ce qu'il fera. Cette agression va changer le cours de sa vie : l'emploi qu'elle briguait a été entretemps pourvu mais elle ne va pas se laisser abattre et plutôt que de finir à la rue, cette jeune villageoise d'origine modeste va, en quelques années, connaître une destinée digne d’un roman d’aventure.

De l'ombre à la lumière ou l'art de gravir l'échelle sociale

Avec une intelligence et une persévérance dignes d’admiration, Jeanne saura tracer sa route.

Parvenue enfin à Paris, quatre ans se passent sur lesquels nous savons peu de choses à ce jour, si ce n'est que ses dons artistiques se sont exprimés et ont été remarqués puisque elle a trouvé une place dans une maison de broderie où ses qualités la font devenir une des meilleures employées. Nouvelle inflexion du destin : elle ne restera pas une midinette ! Elle perfectionne son écriture et sa langue au contact de ce monde de la mode et de sa clientèle huppée. Elle se distingue au point de se voir confier la réalisation des broderies de la robe de mariage de la princesse Marie-Caroline de Bourbon-Sicile avec le Duc de Berry, fils du futur Charles X. La toilette fort réussie est alors exposée. Un jeune lord irlandais, James Power, en admire le travail et demande à connaître sa créatrice. Et voici le conte de fées… Ils se marient deux ans plus tard, en 1818, à Messine en Sicile, où James s’occupe de travaux maritimes. Par ce mariage, Jeanne accède à la bonne société sicilienne, ce qui lui vaut d'être présentée à la cour de Naples et de fréquenter la bourgeoisie érudite et savante de la ville. Elle force à nouveau le destin : déjà bien loin de la bergère juillacoise qu'elle fut, elle pourrait se contenter d'être Madame Power, femme en vue de commerçant aisé, fréquentant la bonne société de Sicile. Non cela ne lui suffit pas ! Elle acquiert rapidement une grande culture générale, apprend plusieurs langues (dont l'anglais, le latin et le grec) et lit de nombreux ouvrages scientifiques. Cette autodidacte entreprend alors une exploration archéologique, scientifique et artistique de la Sicile où elle recense aussi bien les monuments, les fossiles, que les oiseaux, les poissons ou les plantes…. Elle en tirera un guide érudit "Guida per la Sicilia", publié en 1842, toujours pertinent et d'actualité !

Naissance d'une grande scientifique

Par son don d'observation exceptionnel, son sens de l'expérimentation et son ingéniosité à inventer les techniques qui lui permettront de confirmer ses hypothèses de travail, Jeanne Villepreux-Power devient vite une très grande biologiste.

Les animaux marins la fascinent. Pour observer ce monde aquatique en milieu naturel, elle crée en 1832 un véritable laboratoire muni d’aquariums et de cages immergées dont elle est l’inventrice. Elle pratique ainsi des sciences expérimentales bien avant l’heure, puisque les observations de la faune marine ne se font à l'époque qu'in vitro et non in vivo. Une petite révolution qui interpelle probablement ses pairs ! Jeanne s’intéresse en particulier à l’argonaute, mollusque dont elle met en lumière l'assujettissement à sa coquille et détermine son mode de reproduction, mettant 3 fin à de longues querelles scientifiques (avant elle, la majorité des biologistes pensait que l'argonaute était indépendant de sa coquille et qu'à la manière du bernard-l'hermite, il occupait une coquille-hôte). Cette "touche-à- tout" de génie dont la curiosité naturelle est immense, s'intéresse également à la faune terrestre, notamment aux martres et aux papillons ; elle met par écrit ses observations et les illustre elle-même car elle est également connue pour ses talents de peintre.

Une dimension européenne… non sans embûches

Ses recherches font l’objet d’éloges dans toute l’Europe, mais elle doit se battre pour que justice lui soit rendue.

Jeanne Villepreux-Power est la première femme membre de l’Académie des Sciences de Catane (ville de Sicile) et, reconnaissance rarissime au XIXème siècle pour une femme, elle est également correspondante de seize sociétés savantes dans toute l'Europe, dont la Société Zoologique de Londres et la Cuvièrienne de Paris. Elle est admirée et soutenue par de très célèbres scientifiques de son époque et reconnue comme « mère de l’océanographie » et pionnière de la biologie marine. L'éminent Professeur Owen, fondateur du Muséum d’Histoire naturelle de Londres lui voue la plus grande admiration et la qualifie même d’«accomplished Lady». Mais cette reconnaissance ne va pas de soi. Elle n'est pas "du sérail" et a besoin de l'appui d'érudits notoires pour valider et diffuser le résultat de ses recherches. C'est ainsi qu'elle a failli être spoliée de son travail. En effet, elle a, de bonne foi, adressé pour avis une somme de ses travaux à un "honorable" scientifique parisien qui va critiquer et minimiser la qualité de son travail … mais s'accaparer ses recherches et les publier sous son nom. Elle devra batailler pour prouver qu'elle est bien l'auteure de ses recherches. Sir Owen, convaincu de sa crédibilité, joue dans cette affaire un rôle déterminant puisqu'il la fait rétablir dans son droit. Mais le destin lui réserve encore un revers inattendu.

 

Nouveau coup du sort

Après 25 ans de vie en Sicile, le couple Power décide de partir s'installer à Londres.

Ils partent en 1838 sans leurs biens qui suivent sur un autre bateau. Malheureusement celui-ci fait naufrage et les riches collections naturalistes de Jeanne, beaucoup de ses travaux de recherche, ses dessins, sont engloutis. Elle a quasiment tout perdu. Il ne nous reste d'elle qu'une seule mais somptueuse aquarelle représentant un argonaute qui est conservée au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris. Les Power résideront plus tard à Paris où Jeanne abandonnera les recherches en milieu naturel mais publiera le résumé de ses différents travaux, en particulier les "Observations et expériences physiques sur plusieurs animaux marins et terrestres". A la fin de sa vie, pour fuir la guerre franco-prussienne et le siège de Paris, Jeanne s’est réfugiée dans son village natal où elle meurt à l’âge de 77 ans. Son époux la suivra de peu

Aquarelle de Jeanne Villepreux représentant un argonaute vivant ...

Aquarelle de Jeanne Villepreux représentant un argonaute vivant ...

Aquarium Jeanne Villepreux Power

Aquarium

Cendrillon et la querelle de l’argonaute

Oubli et renaissance

Au XXIème siècle, la reconnaissance internationale semble enfin au rendez-vous, mais il reste à faire !

Elle, dont les découvertes et l'approche expérimentale furent si déterminantes pour l'évolution de la biologie, est peu à peu tombée dans l'oubli. Parce que femme sans doute, dans une communauté scientifique alors très masculine, la voilà vite gommée des ouvrages de référence. Trop longtemps oubliée, sa redécouverte et sa reconnaissance en tant que femme de sciences pionnière et fondatrice de la biologie marine ne remonte qu’à un peu plus d'un quart de siècle grâce à son "découvreur" M. Claude Arnal. Et depuis 15 ans, l’Association Jeanne Villepreux-Power n’a de cesse de continuer le travail de Claude Arnal.Cette réhabilitation est marquée par des avancées encourageantes. En voici quelques unes : - En 1997, le nom "Jeanne Villepreux-Power" est attribué à un des plus grands cratères de la planète Vénus par l’Union Astronomique Internationale (100 km de diamètre, plus grand que la Corrèze). - Jeanne Villepreux- Power a été reconnue par la Commission Européenne comme faisant partie des 40 plus grandes femmes scientifiques du monde ! - Le prix Jeanne Villepreux-Power a récompensé pendant plusieurs années des étudiantes en sciences de l'université de Limoges.

- Claude Duneton a écrit pour elle son dernier livre, un très beau roman biographique, en imaginant ses débuts dans la capitale : « La dame de l’Argonaute » paru en 2009 chez Denoël. - De nombreux ouvrages sur les femmes scientifiques lui consacrent un chapitre (Nadine Lefébure "Femmes océanes" – collectif "Femmes de sciences", etc) - Plusieurs rues, ronds-points ou places portent son nom (à Brive, Tulle, Limoges, Paris, Lorient…) et l'aquarium de Messine va prochainement porter son nom ! - A Montpellier, un parc de médiation scientifique vient de donner le nom de Jeanne Villepreux Power à une salle pédagogique à l'entrée de son zoo. - Son nom est donné également à de hauts lieux de science (une salle de l'Institut de la "Diversité, Ecologie, Evolution du vivant" à Saclay) - Une BD écrite et dessinée par Yannick Lelardoux, est sortie en mars 2022 et vient d'être présentée avec grand succès à la Foire du Livre de Brive - Un livre à destination du jeune public, "The Lady and the Octopus" vient d'être publié aux EtatsUnis par la jeune scientifique Danna Staaf - Et enfin, sur ARTE, à partir du 5 décembre prochain, un épisode de la série "Cherchez la femme !" sera consacré à Jeanne.

La liste est loin d'être exhaustive ! De plus en plus de chercheurs dans le monde s'intéressent aux travaux de Jeanne Villepreux-Power. Elle est de plus en plus réhabilitée par les milieux scientifiques. Sa rigueur scientifique et les grandes avancées que lui doit la biologie sont enfin reconnues. Mais elle fascine et force l'admiration également pour sa détermination, son audace et sa volonté à progresser dans une société où l'ascenseur social n'était guère accessible aux femmes.

 

Ce qui lui manque maintenant ? La découverte par un large public.

Jeanne Villepreux-Power
Jeanne Villepreux-Power
Jeanne Villepreux-Power

Cherchez la femme ! - Jeanne Villepreux-Power - L'évolution de la science au XVIIIe siecle 

Dernières nouvelles de Jeanne Villepreux-Power Lettre d'actualités - décembre 2022

La véritable histoire de Jeanne Villepreux-Power racontée par Stéphane Bern

Evelyne Peyre, Jeanne Villepreux des profondeurs à la lumière

NB La photo de Jeanne en début de document provient du Musée d’Orsay, avec copyright de la RMN (Réunion des Musée Nationaux). Réalisée en 1861 par Disdéri, le photographe le plus renommé des cours d'Europe de l’époque de Napoléon III. Sur cette photo, Jeanne a 67 ans. On ne connait pour l'instant, aucun autre portrait d’elle mais elle a toujours été dépeinte comme étant "d’une éclatante beauté".

Les documents viennent de l'Association "Jeanne Villepreux-Power, femme de science et artiste" mail : association.jvp@gmail.com>

Jeanne Villepreux-Power
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